Dimanche 23 mars 2008

Je remercie Cécile Dupeux, conservatrice du Musée de l'Œuvre Notre Dame, et Alexandre Kirstetter, chargé de communication des musées de la ville de Strasbourg, pour leur écoute et l'aide qu'ils ont bien voulu m'apporter.


Les mots en gras dans le texte matérialisent des liens hypertexte.

Petit rappel des épisodes précédents. Fin 2007, on apprend que la candidature de la ville de Strasbourg au titre de capitale européenne de la culture en 2013 est évincée au profit de celles de Lyon, Marseille, Bordeaux et Toulouse. Sans minimiser les qualités des villes retenues, ce choix a de quoi laisser profondément perplexe. Les atouts patrimoniaux et les initiatives culturelles de la capitale alsacienne seraient-ils, en effet, à ce point insuffisants pour qu'on l'écarte ainsi d'une chiquenaude ? Au moment où Paris joue la carte d'un glamour tragique mais, finalement, plutôt consensuel, en mettant à l'honneur Marie-Antoinette (Grand Palais, du 15 mars au 30 juin 2008), Strasbourg s'apprête à apporter un démenti cinglant à l'ostracisme discret mais réel dont elle fait encore l'objet.

Auriez-vous soupçonné la place éminente qu'occupait cette ville libre du Saint Empire romain germanique au début du XVe siècle ? Voici ce que devrait rappeler et illustrer l'exposition Strasbourg 1400 qui se tiendra au sein du Musée de l'Œuvre Notre Dame du 28 mars au 6 juillet 2008. Forte des joyaux des collections de cet établissement, augmentées pour l'occasion de prêts d'autres musées et de possesseurs privés, cette manifestation va faire revivre l'extraordinaire éclosion artistique qui s'est produite au moment où le chantier de la célèbre cathédrale, objet tant d'admiration que d'émulation pour les générations futures, atteignait son apogée. Qu'il s'agisse des recherches, qui trouveront avec Nicolas de Leyde (c.1420 ?-1473, actif à Strasbourg entre 1462 et 1467) un accomplissement majeur, menées par les sculpteurs pour faire parler la pierre avec toujours plus d'expressivité, ou des trouvailles picturales des tenants du style « tendre » (weicher Stil), illustrées notamment par le mystérieux et prodigieux Maître du Paradiesgärtlein, le parcours propose, en s'appuyant sur les travaux scientifiques les plus récents, un regard différent sur le mode d'expression qui s'est imposé dans toute l'Europe durant une soixantaine d'années (c.1370-c.1430) et dont l'influence perdure même jusqu'au milieu du XVe siècle, notamment en territoires rhénans, dans ce que nous connaissons, par exemple, de l'œuvre de Stefan Lochner (c.1400 ?-1451) : le « gothique international ». Tout de fluidité des lignes et de raffinement extrême dans le traitement pictural, cet art, intégrant des influences venues d'Italie (Nativité de la Vierge, Doute de Saint Joseph) et de Bohême, offre des images d'une grande subtilité, où passe parfois une ombre de mélancolie, comme dans le Jardinet de Paradis, œuvre d'un artiste strasbourgeois anonyme (Francfort, Städelsches Kunstinstitut), mais sait aussi faire place à une douleur expressionniste (Crucifixion au Dominicain, Colmar, Musée d'Unterlinden) que l'on peut voir comme annonciatrice de celle qui marquera les œuvres de Grünewald (c.1475/80-1528), récemment mis à l'honneur dans une mémorable double exposition. Les œuvres réunies dans le cadre de l'exposition, qu'il s'agisse de plans architecturaux, de manuscrits enluminés, de pièces d'orfèvrerie ou de panneaux peints, vont ainsi permettre au visiteur de se faire une idée précise du raffinement grandissant induit par les demandes émanant des couches aisées de la cité de Strasbourg qui n'était, à cette époque gouvernée par aucun prince, mais où s'est néanmoins épanoui un langage qui ne cède en rien à celui développé dans les plus prestigieuses Cours de l'époque.

Vous l'avez compris, chers lecteurs, si vous ne devez voir qu'une seule exposition au cours du premier semestre de l'année 2008, c'est sans conteste à Strasbourg que je vous conseille de vous rendre. Outre le voyage dans le temps que vous offriront sans doute les trésors rassemblés dans le cadre de Strasbourg 1400, la richesse des musées et du patrimoine de la ville vous permettront également d'apprécier à leur juste valeur une cité et une région dont le rayonnement culturel, passé comme présent, est plus qu'important : capital.


Strasbourg 1400, un foyer d'art dans l'Europe gothique
, du 28 mars au 6 juillet 2007. Musée de l'Œuvre Notre Dame, 3 place du Château, 67000 Strasbourg.

Pour accéder au site du musée, cliquez sur l'icône ci-après :

Horaires d'ouverture :

Du mardi au vendredi de 11h00 à 18h00, les samedis et dimanches de 10h00 à 18h00. Nocturne gratuite les mardis de 18h00 à 21h00. Fermeture le lundi.

Tarifs (exposition et visite du musée) :

plein : 5 €, réduit : 2,50 €.

Contact :

téléphone : 03 88 52 50 00, courriel : barbara.gatineau@cus-strasbourg.net


Accompagnement musical
 :

Anonyme, XVe siècle : Lied von Tanhaüser.
(Mensuralkodex des Nikolaus Leopold, Munich, Bayrische Staasbibliothek, Mus. Ms. 3154)

Ferrara Ensemble. Crawford YOUNG, luth et direction.


Hildebrandston, chansonniers allemands du XVe siècle. 1 CD Arcana A35.

Par jardinbaroque
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